Les batteries, talon d'Achille des téléphones portables

Les différents fournisseurs de smartphones se livrent à une bataille sans précédent pour inonder le marché. Mais la conscience écologique de l'industrie n'est pas au rendez-vous.

Par Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch

On a déjà vu apparaître aux Etats-Unis des téléphones portables jetables. Exemple type du manque total de conscience écologique, ce phénomène n'est pas unique. Il existe en effet aussi des appareils de photo jetables. Mais même avec les appareils téléphoniques, les opérateurs poussent à la consommation en offrant des appareils sans bourse délier, ou presque, uniquement pour se targuer d'une plus forte part de marché. Du coup, plutôt que de changer la batterie de son smartphone, mieux vaut un acquérir un nouveau. Les magasins proposant de réparer ou dépanner les appareils sont encore rares et le coût de leurs services assez onéreux. Il faut dire que le marché est juteux. Avec un taux de pénétration de 135% à fin 2016 (soit un peu plus que la moyenne européenne de 130%), la Suisse se trouve en septième position en Europe. La Finlande se trouve en tête avec un taux de pénétration de 177%.

 

Des prix totalement surfaits

A l'exception de quelques rares fabricants offrant en effet des accumulateurs rechargeables à des prix tout à fait raisonnables (soit une vingtaine de francs), celles-ci coûtent en moyenne une centaine de francs. Un prix totalement prohibitif et injustifié sur le plan technologique si on le compare à celui des batteries pour appareils de photo (aussi une vingtaine de francs). Et rares sont les producteurs de batteries indépendant qui proposent des modèles compatibles dans leur assortiment, ce qui freine la concurrence et l'apparition de versions de substitution aux modèles originaux des fabricants de téléphones qui font ainsi la pluie et le beau temps sur ce marché. Il faut dire que comme ils s'approvisionnent auprès des fabricants de batteries traditionnels pour se faire livrer leurs modèles auxquels ils ne font qu'apposer leur marque, ils ont beau jeu de leur imposer leurs vues. La vente étant verrouillée par les opérateurs, le plus important objectif est donc de vendre des abonnements et tous les autres critères passent généralement au second rang.

 

Une activité pas suffisamment juteuse

A part pour les fabricants de téléphones, le commerce des accessoires n'est pas très rentable. On a vraiment l'impression que ceux-ci s'évertuent à concevoir des batteries différentes sur chaque nouveau téléphone sous le couvert d'une amélioration constante des capacités et de la miniaturisation toujours plus poussée des appareils.

Un tel argument est à balayer d'un revers de la main: les fabricants d'appareils de photo ayant trouvé un modus vivendi à ce problème ardu. Il existe bien différents modèles de batteries, mais chaque modèle n'a pas son propre type de batterie. Chez le même fabricant, on assiste à une certaine normalisation et les fabricants de batteries proposent presque tous des versions compatibles sous leur propre marque.

 

Les consommateurs piégés

Les magasins ne veulent pas s'embarrasser d'une multitude de différents types de batteries rechargeables pour les téléphones portables et ne tiennent que quelques modèles courant, bon marché (pour ne pas immobiliser leur trésorerie) dans leurs rayons. Rien n'encourage donc le consommateur à cultiver sa fibre écologique.

L'unique mot d'ordre qui fait vivre ce marché se résume en quelques mots: proposer les derniers gadgets à la mode pour attirer les consommateurs dans le filet des opérateurs. A tel point qu'il est parfois difficile de se défaire des griffe d'un opérateur, même quand son réseau n'est pas en mesure de couvrir la zone dans laquelle on habite. La récente décision d'Orange de ne plus faire transiter son réseau par celui de Swisscom en est la démonstration fragrante.

 

Dilapidation coupables des ressources naturelles

Des milliers de téléphones portables fonctionnant parfaitement bien partent donc chaque année dans les ateliers de recyclage uniquement parce que leur batterie ne se recharge plus. Dans de telles conditions, le seul critère décisif d'achat devrait être le coût des accessoires, batteries rechargeables en tête et non pas le prix d'acquisition de l'appareil. Mais cela concerne aussi les adaptateurs pour la voiture, les kits mains libres, même s'ils sont déjà compris dans l'emballage d'origine car ils peuvent se détériorer facilement si l'on n'y fait pas garde.

Mais la fameuse taxe anticipée de recyclage collectée désormais sur tous les appareil donnent bonne conscience à tous ceux qui ne voient le problème de l'élimination des déchets que par le petit bout de la lorgnette. Le prochain défi auquel notre société devra faire face sera celui de la dilapidation des ressources naturelles, quelques soit la forme sous laquelle elles se présentent.

>> Des batteries génériques pour les portables

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